1. LE GARCON

Le garçon ouvrit les yeux et les referma aussitôt. Le nuage poussiéreux voletant dans sa chambre teintant de gris toutes les parties de celle-ci l'obligea à cligner des paupières à plusieurs reprises avant de pouvoir y voir un peu plus clair. Puis, balayant d'un large geste l'amas de grains lui masquant encore la vue, il regarda d'un air hébété les choses qui l'entouraient. Plus rien ne semblait être constitué de matière solide et tangible, les objets lui étant si familiers la veille, dès qu'il les touchait, se réduisaient instantanément en de petits tas légers et sans consistance. Il se demanda s'il ne dormait pas encore et si ce qu'il voyait n'était que le fruit de son imagination onirique. La douleur ressentie après s'être pincé le bras infirma cette impression. Le décor restait le même. Mais, où étaient les posters, les cd, les DVD qui, hier encore, ornaient sa chambre? De même que les meubles et le lit dans lequel il pensait se trouver, alors qu'il était allongé sur le sol.

Il se leva et arpenta la pièce les bras levés devant lui comme l'aurait fait un somnambule. Ses pieds ne heurtèrent aucun obstacle et au bout de quelques mètres, il dut bien se rendre à l'évidence que même les murs avaient disparu. Il pensa un moment avoir été enlevé durant la nuit. Il avait entendu des témoignages de gens qui affirmaient l'avoir été par des extra-terrestres et avoir visité des endroits inconnus du reste de la population, mais, il ne croyait pas à toutes ces fadaises, son esprit était bien trop cartésien pour se laisser emmener sur des chemins aussi inconsistants. Il voulait des réponses et rapidement, mais il eut beau se concentrer, aucun bruit ne se faisait entendre, un silence assourdissant lui emplissait les oreilles. Où étaient toutes ces automobiles, ces camions et ces bus qui à cette heure de la matinée (quelle heure était-il? Il n'avait aucun appareil pour le lui dire, mais le soleil était déjà haut sur l'horizon) devaient parcourir sans relâche les rues et les artères de la ville? Rien, plus rien n'était audible. Il vit alors qu'il était nu, et aucun vêtement n'était en vue, il se sentit un peu gêné, mais décida malgré tout de s'aventurer plus avant.

L'air était doux et chaud, libéré de toutes les odeurs nauséabondes emplissant les couches de l'atmosphère urbaine. De la ville ne restait qu'un tracé vague, la plupart des immeubles n'existaient plus et en étaient réduits à de petits amas informes, les rues n'étaient plus que des chemins de terre où ne subsistaient qu'en de rares endroits de minuscules parcelles d'asphalte envahies par l'herbe, les buissons et les arbustes. Tétanisé, il marcha de longs moments qui lui parurent durer des heures et partout le même spectacle dépouillé de mouvements se déroulait. Le coeur battant et les sens fatigués, il parvint au centre de ce qu'il nommait encore la ville. Là, le grand parc municipal, qui faisait la fierté de ses concitoyens, était devenu une forêt vierge où bruissait le son des criquets. Quelques renards et autres mammifères le croisèrent sans lui accorder la moindre attention, comme s'il ne se trouvait pas vraiment là. Seuls quelques moineaux et passereaux l'accompagnèrent un moment de leurs gazouillis joyeux. A leur vue, le garçon reprit un peu espoir, si des animaux vivaient toujours, des humains devaient se trouver quelque part. Il fouilla l'autre partie de la ville de fond en comble, inspecta ses moindres recoins, hurlant, appelant à s'en déchirer les poumons; il marcha, il courut, et cela jusqu'à la tombée de la nuit; il n'obtint nulle réponse, ne rencontra personne à qui il puisse parler. Il se demandait vraiment ce qu'il s'était passé. La veille, il s'était couché comme tous les soirs, et rien ne laissait supposer un tel changement, les nouvelles du journal télévisé n'étaient ni plus ni moins alarmistes qu'à l'accoutumée, des guerres par-ci, des attentats et des meurtres par-là, quelques agressions, des sportifs ayant battu des records, de nouveaux spectacles ou films à voir bientôt, mais, rien d'aussi catastrophique que ce qu'il voyait en ce moment.

Des larmes amères lui vinrent aux yeux, un sentiment de solitude emplit ses membres; il était planté au beau milieu de ce qui était l'avenue principale d'une des plus grande métropole du pays, grouillante d'activité en temps normal, et qui maintenant ressemblait à un cimetière où aucune tombe ne serait visible. Plus rien ne subsistait de ce qu'il avait connu. Il se dirigea d'un pas pesant et lent vers le parc, sa tête lui faisait mal, ses muscles endoloris réclamaient une pause, ses pensées se chevauchaient en un maelström insupportable, il voulait entendre des sons, ne fussent que des chants d'oiseaux et voir autre chose que de la poussière. Dans un état second, il atteignit l'orée du parc. Il s'adossa contre le tronc d'un arbre, et, bercé par le bruissement de ses feuilles, il s'endormit.

# Posté le samedi 26 avril 2008 08:18

Modifié le dimanche 27 avril 2008 08:16

2. LES GRANDS OISEAUX

Cela faisait longtemps maintenant que Plumes d'or vivait avec son peuple sur les hautes collines verdoyantes se dressant aux alentours de ce qui était jadis la grande ville. Ce n'était pas en raison d'une quelconque attirance pour celle-ci, qu'avait-elle encore à offrir? Il fût un temps il est vrai, où ses ancêtres, il y a maintes et maintes générations de cela, quand l'humain disparut, purent y trouver des victuailles pour leurs petits et toutes sortes d'étoffes et d'accessoires qui leur permirent d'agrémenter le confort de leurs nids, mais cette époque était depuis longtemps révolue, et ne restaient que des tas de poussière, ultimes témoins d'un âge disparu. Lointain descendant des petits oiseaux qui assistèrent à la disparition de la race humaine durant l'Orage, il était investi d'une mission de surveillance, plusieurs peuplades ailées étaient ainsi réparties sur toutes les collines avoisinantes, les yeux et les oreilles aux aguets; Elles parcouraient de longues distances, battant l'air de leurs ailes immenses, qui auraient fait rougir d'envie les aigles les plus grands. Des mers aux plaines, des falaises aux montagnes, le moindre recoin de cette partie de la Terre leur était connu. Leurs plumes lumineuses, luisaient comme la Lune lorsqu'elle était pleine et leur incessant ballet aérien brassait l'air comme un doux vent.

-La vie est belle, pensa Plumes d'or alors qu'il amorçait un virage sur l'aile gauche avant de plonger à la verticale et de se lancer dans un looping, provoquant l'admiration des plus jeunes qui l'accompagnaient.

Il aimait tout particulièrement former aux acrobaties aériennes les oisillons sortis du nid, il encourageait leur enthousiasme, leur soif de découvertes et leur témérité. Chaque fois que ses nombreuses occupations le lui permettaient, il se retrouvait à la tête d'une bande de joyeux drilles faisant tout pour lui apporter satisfaction lors de ses enseignements hautement réputés parmi son peuple. Sa patience était légendaire, sa recherche de perfection aussi. Jamais de toute sa vie il n'avait laissé un jeune s'essayer à des figures acrobatiques avant qu'il n'en connaisse les moindres détails et ne les maîtrise. Les oiseaux formés par lui se reconnaissaient immédiatement à leur style et à leur assurance. Mais si il en retirait une énorme fierté à les voir évoluer de la sorte, jamais il n'en faisait état. Plumes d'or savait rester discret.
Un appel retentit, venant du sud, un oiseau aux plumes bleues vint rejoindre Plumes d'or.
-Quelque chose s'est produit dit-il hors d'haleine, un être s'est éveillé dans l'ancienne cité, il est sorti de ce qui restait d'une des dernières habitations. A l'instant où je te parle, il se repose dans le parc forêt.
-Et alors? demanda Plumes d'or, ce sera encore un ours qui maraudait par là en quête de déchets.
-Non, lui répondit l'oiseau bleu, les bouvreuils et le moineau qui nous l'ont signalé disaient qu'il n'avait pas de fourrure, qu'il était tout blanc et ne portait aucun poil, sauf sur la tête, et qu'il se déplaçait sur ses pattes de derrière.
-Etrange en effet dit Plumes d'or, je ferais peut-être bien d'aller y jeter un coup d'oeil. Va réunir le conseil des anciens, nous devons débattre de la marche à suivre, on ne sait jamais, peut-être le temps est-il venu.

Pendant que l'oiseau bleu s'acquittait de sa mission, Plumes d'or rassembla les jeunes en formation de flèche et commença à les ramener chez leurs parents. Dans sa tête, les pensées se bousculaient pêle-mêle.
-Ainsi la Légende serait vraie, se disait-il. Quelqu'un doit-il réellement venir et accomplir tout ce qui a été écrit par le sage Elfe? Moi qui croyais que son histoire n'était qu'un conte pour les enfants. Déjà que, sa description de la destruction de la race humaine me semblait un peu tirée par les plumes: « Un orage venu d'on ne sait où, les humains qui sortent de leurs logis et se rassemblent sur toute la surface du globe, des éclairs qui leur ôtent la vue, un tonnerre qui leur perce les tympans, une pluie qui leur ronge la peau et les efface petit à petit, et qui dès que toute vie -humaine seulement- eût disparut, s'arrête. » Il faut quand même avouer que cela ne fait pas très sérieux. Mais, si jamais l'être aperçu par les bouvreuils est bien un jeune homme, il me faudra bien reconsidérer mon point de vue.
Perdu dans ses pensées, il ne s'aperçut pas qu'ils survolaient déjà la colline où gîtaient les jeunes.

-Plumes d'or, Plumes d'or cria Lueur d'aube, une jeunette extravertie, je crois que nous sommes arrivés, ne reconnais-tu plus les arbres bordant notre contrée?
-Paix, Lueur d'aube, dit Plumes d'or, bien sûr que je les reconnais, je voulais juste vous faire exécuter un dernier virage serré avant de vous laisser rentrer. En formation, dit-il, respectez bien les distances entre vous, je compte jusque cinq puis, vous montez de quatre ailes complètes, vous virez sur votre gauche, vous accomplissez un demi-tour et vous atterrissez en planant et en ordre. Pas d'erreurs, vos parents, même si vous ne les voyez pas, vous regardent certainement
-Quel caractère cette Lueur d'aube, se dit Plumes d'or. Elle promet, il en faut des personnalités comme elle dans la génération nouvelle, c'est rassurant pour le futur.
Regardant les jeunes former leurs figures, il éprouvait un sentiment de fierté à les voir se donner à fond dans leur apprentissage. Après s'être assuré que ses instructions étaient bien respectées et les avoir salués d'un grand battement d'aile, il se dirigea droit vers l'aire où le conseil des anciens devait déjà s'être réuni.

# Posté le samedi 26 avril 2008 08:25

Modifié le samedi 26 avril 2008 11:31

3. PALABRES

Tous les anciens étaient là, certains encore verts avaient l'air impatients d'en venir au fait, d'autres, au crépuscule de leur vie, somnolaient en dodelinant de la tête, d'autres encore, entre les deux âges, au regard de leurs mines soucieuses, semblaient se poser beaucoup de questions. La nouvelle leur était à peine parvenue que tous s'étaient rendus à l'arbre des Palabres.
Celui-ci dominait de toute sa taille les autres géants de la forêt. Ses branches, pareilles à des troncs de baobab, s'étendaient vers le ciel et venaient égratigner les nuages. Plumes d'or se posa doucement à la place lui étant réservée, salua l'assemblée et attendit que le brouhaha se fût apaisé et que le Vénérable eût pris la parole.

-Vous savez tous pourquoi nous sommes réunis dit celui-ci, à nous de décider de ce qu'il convient de faire. Nous attendons depuis si longtemps, qu'il me semble vivre un rêve venu d'une autre époque.
-Cela ne se peut, dit Bec tordu, plus rien n'a pu survivre autant de siècles, les bouvreuils et le moineau ont dû se tromper, il ne s'agit que d'un animal.
-J'en suis moins sûr, dit Plumes d'or qui voyait qu'une certaine agitation commençait à secouer l'assemblée, d'après les descriptions, ce serait bien un humain.
-Je serais d'avis d'aller voir, dit Crête hirsute, autant en avoir le coeur net, et savoir si nous avons quelque chose à redouter.
-Oui, dit le Vénérable, je suis d'accord avec Crête hirsute, nous ne pouvons rester dans l'expectative, mais pas un mot de tout ceci au reste de la population, attendons d'être fixés.
-Beaucoup sont déjà au courant, dit Langue leste.
-Comment, s'exclama le conseil, qui leur en a fait part?
-Je ne savais pas que cette réunion était confidentielle, répondit-il un peu confus, et puis j'ai été assailli par tant de questions qu'il m'était difficile de me taire.
-Oui je vois, Langue leste, encore une fois, tu as fait montre d'une trop grande légèreté dans tes paroles, ce n'est pas la première fois, dit le vieux sage.

Des soupirs se firent entendre tandis que les autres oiseaux regardaient le fautif en secouant la tête.

-Quoiqu'il en soit, il faut faire quelque chose, dit le Vénérable.
-Je me propose d'y aller dit Plumes d'or, je prendrai les escadrilles de jeunes avec moi.
-Je ne pense pas que cela soit prudent, allons annoncer officiellement la nouvelle au peuple et que ceux qui veulent venir nous accompagnent, de toute façon, un peu d'exercice pourrait ne faire que du bien à certains d'entre nous. En disant cela, le Vénérable fixait d'un oeil amusé les anciens qui s'étaient endormis.

Après les avoir réveillés, ils prirent la direction de la clairière où étaient rassemblés la plupart des nids. C'était un immense terrain en fleurs, bordé d'arbres magnifiques, dont la couleur des ramures semblait varier en fonction de la position du soleil, la lumière de l'astre se réverbérait sur les troncs, et selon les heures du jour, on pouvait suivre son cheminement sur le contour des feuilles qu'elle redessinait, puis elle tournait, elle glissait et montait le long des branches, illuminait les grands nids haut perchés, les irisait en leur donnant une aura féerique avant de redescendre lentement et de recommencer plus avant. Enchantés étaient les animaux qui de temps en temps passaient par là, certains d'entre eux étaient restés des heures entières perdus dans la contemplation, et lorsqu'ils s'en allaient retrouver leur logis, ils avaient les yeux remplis de paix, le corps et le coeur légers, comme si la lumière les avait débarrassés d'un grand poids.
Du centre de la clairière, le conseil des anciens appela la population et leur exposa la situation, ainsi que ce qu'ils avaient décidé. Des centaines de voix répondirent à l'appel lancé, tous ils voulaient assister à la rencontre avec l'humain.
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# Posté le samedi 26 avril 2008 08:31

4. BASTIEN

Adossé contre le tronc d'un arbre du parc, le garçon avait fini par s'endormir, trop d'émotions avaient émaillé sa journée pour qu'il puisse garder les yeux ouverts. Il rêva, il rêva de contrées qu'il ne connaissait pas, d'animaux fabuleux et d'étranges créatures. Son sommeil fut si profond qu'il n'entendit ni ne vit arriver la nuée ailée. Les oiseaux s'en approchèrent sans le toucher, le dévisagèrent et conclurent après un court débat, qu'il s'agissait bien d'un homme comme il était décrit dans leur mémoire collective.

-Devons-nous l'éveiller? demanda Plumes d'or
-Non, dit le Vénérable, attendons, il ne faut pas trop l'effrayer.
-Qu'il est drôle dit Lueur d'aube qui s'était faufilée dans les premiers rangs, il a l'air d'un gnome déguisé en elfe.
-Tais-toi oiselle, dit Bec tordu, l'heure est grave et tu ne penses qu'à te moquer.
-Il a bougé dit un oiseau à proximité, j'ai vu sa tête remuer.

Le garçon se redressa sur son séant et, les yeux toujours fermés, s'étira et bailla bruyamment. Cette gestuelle et ce son déclenchèrent l'hilarité chez les jeunes oiseaux qui s'esclaffèrent. Entendant ce vacarme, le garçon ouvrit des yeux où se lisait la panique. Il se mit debout et voulut échapper à la marée de plumes qui lui faisait face, à peine se fut-il retourné qu'il comprit que toute tentative d'évasion serait vouée à l'échec.

-Du calme, du calme criait le Vénérable, ne voyez-vous pas sa peur? Montrons-lui qu'il n'a rien à craindre de nous.

Tremblant, le garçon regardait avec anxiété la centaine d'oiseaux l'entourant, il se demanda ce qu'ils attendaient de lui, ou ce qu'il devait faire. En désespoir de cause, il agita les bras en criant et se précipita sur le premier rang. Plumes d'or voyant que le Vénérable se trouvait sur son chemin, ouvrit en grand ses immenses ailes pour le protéger. Impressionné par la taille de son opposant, le garçon tomba à genoux et se mit à sangloter.

-Merci Plumes d'or dit le Vénérable, mais je n'avais pas grand'chose à craindre, debout, il ne fait même pas la moitié de ma corpulence.
-Bonjour, Bastien dit le vieil ancêtre en s'adressant au garçon et bienvenue à toi, cela fait longtemps que nous t'attendons.
-Bastien? Est-ce cela mon nom? se dit le garçon. Et comment se fait-il que je comprenne le langage des oiseaux? Je crois que je deviens fou.
-Non, tu ne deviens pas fou continua le Vénérable, je te parle dans ta tête, nul besoin de sons entre nous. Bastien est le nom de la personne que nous attendions, n'est-ce pas le tien?
-Je ne sais plus quel est mon nom, j'ai l'impression de ne plus être sûr de rien. Où sont les hommes et les femmes qui habitaient cette ville, ce pays, ce continent? Vous êtes si grands, d'où venez-vous?
-Chaque chose en son temps mon jeune ami, je te dirai ce que je sais, mais patience, tu vas devoir réapprendre à vivre.
-Mais hier encore lorsque je me suis mis au lit, tout était encore ici, que s'est-il passé?

A nouveau, il éclata en sanglots, au même moment, tous les oiseaux entonnèrent un chant apaisant. Après que le garçon se fut calmé et ait repris ses esprits, sur un geste du Vénérable, Plumes d'or le prit sur son dos et tous les oiseaux prirent leur envol. Les cheveux au vent, Bastien, mal à l'aise au début du vol mais y prenant maintenant beaucoup de plaisir, regardait émerveillé les paysages défilant sous lui, sa peine peu à peu s'en allait, il commençait tout doucement à accepter sa situation. Les plaines et les collines étaient retournées à l'état sauvage, mais, même les couleurs avaient changé, plus chaudes et plus douces qu'avant. Après avoir volé un long temps, ils arrivèrent près d'une rivière surplombée d'une falaise percée de grottes. Dans l'une de celles-ci, des oiseaux femelles étaient venus déposer des plumes, des feuilles et des fruits mûrs, la transformant en un logis confortablement douillet. Bastien y pénétra, prit une pomme, y planta les dents et laissa le goût du sucre se répandre en lui.
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# Posté le samedi 26 avril 2008 08:36

5. DECOUVERTES

La vie avec ses nouveaux amis était bien agréable, partout où il se promenait, il ne rencontrait que des oiseaux le saluant ou voulant passer un moment à échanger des idées avec lui. Après les premiers jours de surprise, durant lesquels tous voulaient le voir de près, le toucher, le sentir et entendre le son de sa voix, car malgré qu'ils ne communiquaient que par télépathie, lui gardait l'habitude d'émettre des sons. Ils finirent au fil du temps par le considérer sinon comme l'un des leurs, du moins comme un ami.

Le Vénérable lui avait raconté la partie de la légende concernant les humains et les oiseaux, s'il en savait plus long, il ne voulut jamais en parler. Bastien s'en contenta et se laissa vivre sans trop se soucier de ce que l'avenir lui réservait. Il passait souvent ses journées en compagnie de Plumes d'or. Juché sur son dos, il parcourait de longues distances du nord vers le sud et de l'est vers l'ouest. Toujours en quête de découvertes, il avait trouvé avec celui-ci, le meilleur professeur qui soit.
Plumes d'or lui montra les rivières poissonneuses qui cascadaient ou paressaient tout autour des collines verdoyantes, il lui montra les landes arides qui bordaient les falaises du nord. Loin vers l'est, où se dressaient les montagnes noires, il n'aimait pas trop aller, un jour, survolant une des ces contrées, ils aperçurent des êtres à la mine patibulaire, quand Bastien questionna Plumes d'or à leur sujet, il se contenta de secouer la tête sans plus d'explications.
Mais, l'endroit que Bastien préférait entre tous, se trouvait vers l'ouest, là, se dressait une forêt aux arbres millénaires. Quand il les touchait, il lui semblait que leur force et leur sagesse pénétraient tout son être. Là, il se sentait différent, il dit à Plumes d'or, que les arbres lui parlaient de choses qui n'étaient plus et de quête à entreprendre. De plus en plus, il demanda à son ami de l'y conduire, au début, il n'y restait que quelques heures, mais au fur et à mesure que les semaines passaient, une réticence à quitter cet endroit s'installait en lui. Quand il revenait à la clairière, son âme était troublée, il se disait que sa place n'était peut-être pas ici et qu'il devait aller voir au loin afin d'explorer des endroits que Plumes d'or ne lui avait pas encore montrés. Durant ces périodes, seule Lueur d'aube parvenait à le divertir avec ses jeux et ses acrobaties. Mais depuis peu, il devenait de plus en plus solitaire, il escaladait les collines et scrutait le paysage. Les nuits sans nuages, il contemplait en soupirant les étoiles brillantes dans le ciel.
Plumes d'or alla trouver le Vénérable pour lui faire part de cet état de fait.

-Vénérable dit-il, Bastien change beaucoup ces jours derniers, on dirait que toute joie l'a abandonné. Il ne demande plus pour m'accompagner et même Lueur d'aube ne parvient plus à le distraire de la morosité qui semble s'être emparée de lui. Que pouvons-nous faire?
-Rien je le crains répondit le Vénérable, je redoutais ce moment et pour tout dire, je l'attendais plus tôt. Depuis quand as-tu perçu ce changement?
-Depuis qu'il m'a dit que les arbres de la forêt murmurante lui chuchotaient à l'oreille, dit Plumes d'or, au début, je n'y ai pas vraiment prêté attention, mais maintenant je vois que toutes les histoires qu'ils lui ont racontées prennent une vaste place dans ses pensées.
-Je vois, dit le Vénérable, mais nous ne pouvons plus rien y faire, notre rôle se termine pour un temps, un long temps, nous devions l'accueillir et nous en occuper, je crois qu'est venu l'instant de nous retirer et de le laisser aller.
-Mais Vénérable dit Plumes d'or, il paraît si faible, et si il allait vers l'est?
-Pas encore dit l'ancêtre, il doit encore apprendre des choses qu'il ne nous est pas donné de lui révéler. N'aie crainte, Plumes d'or, aucun mal ne peut l'atteindre, en tous cas, dans l'immédiat.

C'est ainsi qu'un matin à l'aube, Bastien quitta le peuple des oiseaux. Il n'était pas vraiment heureux de devoir partir, mais une force irrésistible le poussait en avant et rien n'aurait pu le faire reculer. Il partit sans se presser, il traversa des contrées qu'il avait survolées sur le dos de son ami, il dormit à la belle étoile, il mit des semaines pour atteindre les premiers arbres de la forêt. Il décida de s'y arrêter un moment et de faire le point. Les arbres s'étaient tus et nul murmure ne venait faire frémir leurs feuilles.
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# Posté le samedi 26 avril 2008 08:41