Il se leva et arpenta la pièce les bras levés devant lui comme l'aurait fait un somnambule. Ses pieds ne heurtèrent aucun obstacle et au bout de quelques mètres, il dut bien se rendre à l'évidence que même les murs avaient disparu. Il pensa un moment avoir été enlevé durant la nuit. Il avait entendu des témoignages de gens qui affirmaient l'avoir été par des extra-terrestres et avoir visité des endroits inconnus du reste de la population, mais, il ne croyait pas à toutes ces fadaises, son esprit était bien trop cartésien pour se laisser emmener sur des chemins aussi inconsistants. Il voulait des réponses et rapidement, mais il eut beau se concentrer, aucun bruit ne se faisait entendre, un silence assourdissant lui emplissait les oreilles. Où étaient toutes ces automobiles, ces camions et ces bus qui à cette heure de la matinée (quelle heure était-il? Il n'avait aucun appareil pour le lui dire, mais le soleil était déjà haut sur l'horizon) devaient parcourir sans relâche les rues et les artères de la ville? Rien, plus rien n'était audible. Il vit alors qu'il était nu, et aucun vêtement n'était en vue, il se sentit un peu gêné, mais décida malgré tout de s'aventurer plus avant.
L'air était doux et chaud, libéré de toutes les odeurs nauséabondes emplissant les couches de l'atmosphère urbaine. De la ville ne restait qu'un tracé vague, la plupart des immeubles n'existaient plus et en étaient réduits à de petits amas informes, les rues n'étaient plus que des chemins de terre où ne subsistaient qu'en de rares endroits de minuscules parcelles d'asphalte envahies par l'herbe, les buissons et les arbustes. Tétanisé, il marcha de longs moments qui lui parurent durer des heures et partout le même spectacle dépouillé de mouvements se déroulait. Le coeur battant et les sens fatigués, il parvint au centre de ce qu'il nommait encore la ville. Là, le grand parc municipal, qui faisait la fierté de ses concitoyens, était devenu une forêt vierge où bruissait le son des criquets. Quelques renards et autres mammifères le croisèrent sans lui accorder la moindre attention, comme s'il ne se trouvait pas vraiment là. Seuls quelques moineaux et passereaux l'accompagnèrent un moment de leurs gazouillis joyeux. A leur vue, le garçon reprit un peu espoir, si des animaux vivaient toujours, des humains devaient se trouver quelque part. Il fouilla l'autre partie de la ville de fond en comble, inspecta ses moindres recoins, hurlant, appelant à s'en déchirer les poumons; il marcha, il courut, et cela jusqu'à la tombée de la nuit; il n'obtint nulle réponse, ne rencontra personne à qui il puisse parler. Il se demandait vraiment ce qu'il s'était passé. La veille, il s'était couché comme tous les soirs, et rien ne laissait supposer un tel changement, les nouvelles du journal télévisé n'étaient ni plus ni moins alarmistes qu'à l'accoutumée, des guerres par-ci, des attentats et des meurtres par-là, quelques agressions, des sportifs ayant battu des records, de nouveaux spectacles ou films à voir bientôt, mais, rien d'aussi catastrophique que ce qu'il voyait en ce moment.
Des larmes amères lui vinrent aux yeux, un sentiment de solitude emplit ses membres; il était planté au beau milieu de ce qui était l'avenue principale d'une des plus grande métropole du pays, grouillante d'activité en temps normal, et qui maintenant ressemblait à un cimetière où aucune tombe ne serait visible. Plus rien ne subsistait de ce qu'il avait connu. Il se dirigea d'un pas pesant et lent vers le parc, sa tête lui faisait mal, ses muscles endoloris réclamaient une pause, ses pensées se chevauchaient en un maelström insupportable, il voulait entendre des sons, ne fussent que des chants d'oiseaux et voir autre chose que de la poussière. Dans un état second, il atteignit l'orée du parc. Il s'adossa contre le tronc d'un arbre, et, bercé par le bruissement de ses feuilles, il s'endormit.